Le Crédac

La flore des séquelles

Benoît Piéron

Dimanche 26 juin de 15h à 17h

Parallèlement à la saison artistique 2021-2022 du Crédac, Benoît Piéron suit les quatre saisons en menant des ateliers autour du végétal. Après avoir encapsulé le jardin de Derek Jarman en automne, il a herborisé à l’hiver le motif « mille-fleurs » des tapisseries La Chasse à la licorne lors d’ateliers de confection de gélules remplies de graines. Au printemps 2022, il nous a invité à herboriser et reconstituer le dessin Grande Touffe d’herbes d’Albrecht Dürer sous la forme de Mx. Patate à faire pousser.

Pour clore ce cycle, Benoît Piéron propose une discussion et un atelier autour de la polémoflore ou flore obsidionale (plantes issues de séquelles des guerres ou marquant les couloirs de passages des armées). La rencontre débute par une discussion entre l’artiste et Julia Leclerc, médiatrice au Crédac, autour de la végétation qui apparaît, résiste ou renaît suite à la maladie et aux traumatismes, aux migrations et aux conflits mondiaux. Le tout est accompagné d’oeuvres d’artistes-jardiniers, de musique, d’images des récents travaux de Benoît Piéron, et de références littéraires. L’atelier consiste en la confection de gélules à planter enfermant une sélection d’espèces végétales importées involontairement en France depuis les guerres napoléoniennes jusqu’aux deux guerres mondiales.

Graines contenues dans les gélules, avec de la tourbe et du fertilisant :

  • Bunias orientalis - Roquette d’Orient, Bunias d’Orient : plante alimentaire et fourragère d’origine orientale, introduite en France par les Cosaques poursuivant les troupes napoléoniennes en 1814.
  • Gentiana lutea - Gentiane jaune : cultivée en Moselle par les soldats bavarois de la 3e armée allemande après la défaite française de 1870.
  • Geranium pratense - Géranium des prés : arrivé en France avec le ravitaillement des soldats allemands, via les chemins de fer en 1870 et 1914-1918.


    RÉFÉRENCES CULTURELLES :

    —— Plantes des ruines et de la spéculation ——
  • Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde - Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme, 2017
  • Donna J. Haraway, Vivre avec le trouble, 2016
  • Ágnes Dénes, WheatField - A Confrontation: Battery Park Landfill, Downtown Manhattan, 1982
  • Shimabuku, Ivry Earth, Water and Sunlight : tas de terre prélevés dans six lieux en démolition ou en construction à Ivry-sur-Seine. Arrosés chaque jour, des plantes y poussent spontanément. Symboles de résilience, ces îlots de terre jouxtent la vidéo Erect et l’installation Erect (Ivry) où des arbres morts lors du tsunami de 2011 sont redressés sur une plage japonaise, tandis que les vestiges d’un pavillon rasé durant l’été 2018 au coeur de la cité Gagarine témoignent du passé d’Ivry et de ses habitants qui y ont vécu durant près d’un siècle. Exposition Pour les pieuvres, les singes et les Hommes au Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac, 2018

    —— Guerres et accidents chimiques ——
  • Thu Van Tran, Colours of grey ; constellation des 82 tortues — exposition 24 heures à Hanoï au Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac, 2019. Réflex n°39, dossier de réflexion sur l’exposition avec un focus sur les guerres du Vietnam.
  • Mathieu Asselin, Monsanto : une Enquête Photographique, Actes Sud, 2017
  • Anaïs Tondeur, Chernobyl Herbarium, 2011 - en cours : Exclusion Zone, Chernobyl, Ukraine; Radiation level: 1.7 Ms/ hour
  • Peter Cusak, Chernobyl Frogs (Sounds From Dangerous Places)
  • Mazen Kerbaj, Starry Night, 2006 : improvisation au saxophone au rythme des détonations pendant que l’armée Israélienne bombarde Beyrouth.

    —— Les plantes contre les maux et les mots ——
  • Derek Jarman, jardin de Prospect Cottage à Dungeness — rencontre au Crédac entre Marco Martella et Claire Le Restif, à écouter ici.
  • Paul Harfleet, The Pansy Project : l’artiste plante une pensée sur les lieux des agressions physiques et verbales homophobes.

    —— Migrations végétales et humaines ; colonisation et esclavage ——
  • Henk Wildschut, Rooted, 2011-2018 : jardins d’agrément dans les camps de réfugiés.
  • Kapwani Kiwanga, Cima Cima — exposition au Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac, 2021.

Biographie artiste

  • Benoît Piéron est un artiste français né en 1983 à Ivry-sur-Seine. Il crée des moments, des installations et des objets. Benoît Piéron s’intéresse à la sensualité des plantes, aux frontières du corps et à la temporalité des salles d’attente. Il pratique le patchwork, le jardinage existentiel et dessine des papiers peints. Ayant toujours vécu avec une maladie de compagnie, l’univers hospitalier est son écosystème.

    Diplômé avec les félicitations du jury de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2007, il participe au programme de résidence de la Fondation d’entreprise Hermès en 2010. En 2011-2012 il est pensionnaire à la Casa de Velázquez, l’académie de France à Madrid. Accueilli en résidence à la Galerie Fernand Léger d’Ivry-sur-Seine en 2014, il y fera sa première exposition personnelle en 2015. En 2018, il expose en solo au Centre d’art contemporain Les Tanneries d’Amilly. Résident à la Cité Internationale des arts en 2020 et 2021, il donne en parallèle de ses expositions des ateliers tricotés autour de l’herborisation, du validisme. En 2021 il végétalise le stand de la galerie Mendes Wood à la Fiac et fait pousser une grande touffe d’herbe dans la cour du MAT – centre d’art contemporain à Ancenis. Depuis quelques mois il s’interroge sur la nourriture des licornes, la place de l’orgasme à l’hôpital et les flores létales. Ses œuvres ont été exposées en France, à Bruxelles au Japon, en Corée, en Espagne et au Canada.
    www.benoitpieron.com

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