Le Crédac

SAS

Pierre Vadi

Dans L’invention du quotidien, Michel de Certeau, une des références de Pierre Vadi, rappelle que sur les cartes anciennes, les voyageurs ainsi que les moyens de transport étaient représentés et indiquaient les itinéraires à suivre. Ils constituaient ainsi les amorces de voyages réels autant qu’imaginaires dans le passé comme dans le futur.
SAS est le titre choisi par Vadi pour le voyage qu’il nous propose de faire à travers l’étrangeté de son univers. Tout commence sur la rue, dans un support publicitaire lumineux face à l’entrée où Pierre Vadi place la reproduction en poster d’un dessin de ciel étoilé. Comme pour une affiche de cinéma, le titre, SAS, s’inscrit en toutes lettres. Dès lors s’enclenche la matière à rêve qui nous guide vers le sas d’entrée du centre d’art.
L’exposition assemble des motifs récurrents dans le travail de Vadi depuis dix ans : abris, cavernes, vanités, climats, paysages, labyrinthes, cosmogonie…
« Je mets en place un cadre à l’intérieur duquel l’exposition fonctionne comme un agencement d’énoncés. Au spectateur de circuler à travers, au milieu », annonce Pierre Vadi.
Comme matériau central, il utilise de la résine tendre dont la transparence et les dégradés de couleurs séduisent et évoquent la fragilité des choses. L’artiste met en place des espaces scénarisés, dans lesquels les objets qu’il crée entretiennent d’étranges relations. En suspension dans l’espace, des chaînes colorées de noir vers la transparence viennent glisser jusqu’au sol, une tronçonneuse translucide à l’échelle 1, de curieux éléments fins comme des peaux de couleur verte artificielle, introduisent un végétal mutant, une planète noire atteinte d’une érosion étrange flotte dans l’espace. Posés sur le sol, des paysages en sucre portent le titre de Requiem (comme scènes en plusieurs actes). Il s’agit de « collines » en sucre que Pierre Vadi imprègne de résine couleur bleu-vert. En durcissant, la résine croûte le sucre et produit une sorte de plaque territoriale. C’est une sorte d’archipel de banquises, d’icebergs fragiles, entre la cristallisation et la fonte. Comme autant de natures mortes, de vanités, ces éléments rappellent la fragilité de l’existence, évoquent un certain dérèglement climatique. Leur beauté plastique accentue la crainte de détruire qui nous gagne en entrant dans les salles. La cartographie étant un élément récurrent de son travail, Vadi fait ce commentaire « je retourne le ciel en territoire ». Il divise l’espace par des bâches noires froissées et perforées d’une constellation régulière. La fiction s’enclenche. La traversée se poursuit à travers un fragment d’architecture structuré en abri, un passage. Un SAS.
Quel est le scénario écrit par Vadi ?
Entre quel monde réel et quel autre rêvé place-t-il ce sas ?
Quels symboles se nichent ici ?
Quel complot s’organise ?


Claire Le Restif

Biographie artiste

  • Né en 1966.
    Vit et travaille à Genève, Suisse.

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