Le Crédac

Campagnes

Artistes : Céline Ahond, Étienne de France, Lola Gonzàlez, Laurent Grasso, Christian Milovanoff, Armand Morin et Marie Voignier. 

Commissariat : Lucie Baumann, Caroline Cournède, Sébastien Martins et Léna Patier

Depuis janvier 2016, la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques et le Crédac ont établi un programme de diffusion de films et de vidéos d’artistes — dont certains soutenus par la commission mécénat de la Fnagp — diffusé au sein du Crédakino, salle de projection du Crédac. Ainsi, Caecilia Tripp, Michel Aubry, Hoël Duret, Olivier Dollinger, Elise Florenty et Marcel Türkowsky, Estefanía Peñafiel Loaiza et Lola Gonzàlez y ont diffusé leurs œuvres et échangé avec le public lors de soirées de rencontres.

Aujourd’hui, quatre jeunes professionnels attachés à nos deux institutions proposent un programme de projections, rencontres et performances, intitulé “Campagnes” invitant à des réflexions sur les questions de paysage et de territoires. Ce programme s’inscrit dans un ensemble d’événement à l’occasion du trentième anniversaire du Crédac qui a émergé dans un contexte de décentralisation ; et entre en écho avec les campagnes présidentielles et législatives. 

Leur donner carte blanche nous a paru la forme la plus pertinente pour incarner notre fructueuse collaboration et donner une nouvelle fois l’occasion aux artistes de s’exprimer. 


Claire Le Restif, Directrice du Crédac 
Laurence Maynier, Directrice de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques 

Battre la campagne 

La décentralisation entre dans sa première phase opérationnelle dans les années 1980 pour répondre aux profonds changements du territoire : la fin de l’exode rural et un fort développement urbain, la modernisation de l’agriculture et la restructuration industrielle, la construction de grands équipements et l’explosion des activités tertiaires et touristiques. L’enjeu d’une meilleure répartition territoriale se traduit d’une part, par un transfert de responsabilités du pouvoir sur le plan local, permettant une plus grande implication des citoyens dans l’État, et d’autre part, par un redéploiement des infrastructures économiques, sociales et culturelles, favorisant ainsi une plus grande diversité face à l’hégémonie de la capitale1. Dans le mouvement des politiques de déconcentration, les centres d’art ont progressivement constitué avec les Fonds régionaux d’art contemporain un maillage de structures dédiées à la création contemporaine distribuées sur l’ensemble du territoire, pour participer à sa redynamisation. 

C’est dans ce contexte que Bernard Latarjet et François Hers, sous la tutelle de la Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale (DATAR), invitent une trentaine de photographes à réaliser une campagne photographique, parmi lesquels on compte Christian Milovanoff, Robert Doisneau, Raymond Depardon, Gabriele Basilico… Le soin leur est confié de capter les indices des mutations en cours en représentant le paysage actuel, dont il était « de plus en plus difficile de fonder notre perception (…) sur une expérience physique directe »2. Dans leur majorité, les photographes ont privilégié le quotidien, les lieux communs et même les non lieux, dans un désir de « recréer une culture du paysage »3.

Face à ces bouleversements territoriaux apparaît de manière concomitante le néoruralisme, une forme de réalisation individuelle par un mode de vie et de travail rural qui tend à rompre avec les conditions sociales des villes poussant à une perte de signification, afin de reconstituer des liens avec le monde biologique4

Trente ans après, ces problématiques trouvent une résonance particulière dans des questionnements contemporains sur notre contexte socio-économique et le rapport que nous entretenons avec notre environnement. À l’heure d’un renouvellement politique, Campagnes se veut pluriel ; le terme est entendu à contretemps selon ses différentes facettes : photographique, rurale, d’observation, archéologique, belliqueuse. 
En écho à la mission photographique de la DATAR, Campagnes se concentre sur le territoire envisagé de manière sensible et politique, à travers le regard des artistes Céline Ahond, Étienne de France, Lola Gonzàlez, Laurent Grasso, Christian Milovanoff, Armand Morin et Marie Voignier. 

Plus qu’un simple arrière-plan, le paysage recouvre plusieurs significations. Traditionnellement rural, poétique, il peut relever de l’espace intérieur, ouvrir sur des visions utopiques ou dystopiques, être un sujet de réflexion, un espace propice à l’émancipation de l’attention ou encore un écran où se révèlent nos interrogations politiques. Il nous permet de questionner la place de l’humain et les relations qu’il entretient avec le paysage, qu’il soit une zone de coopération ou de tensions, un terrain d’exploration ou de conquête, un espace de doute ou d’espoir. 


Lucie Baumann, Caroline Cournède, Sébastien Martins et Léna Patier

  1. Joseph Voignac, « La décentralisation : un enjeu central, une préoccupation marginale », Revue des deux mondes, 10 décembre 2015. www.revuedesdeuxmondes.fr
  2. Bernard Latarjet, préface de Christian Milovanoff, Bureaux, Paris, Nouvelles éditions Scala, 2015.
  3. Raphaële Bertho, « La mission photographique de la DATAR – Un Laboratoire du paysage contemporain », La documentation française, 2013.
  4. Claude Mercier, Giovanni Simona, « Le néo-ruralisme : nouvelles approches pour un phénomène nouveau », Revue de géographie alpine, tome 71, n°3, 1983. p. 253-265.

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