Le Crédac

TI RE LI RE

Ana Jotta

Commissariat : Claire Le Restif

« J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanque, enseignes, enluminures populaires, la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs ».


Arthur Rimbaud « Alchimie du Verbe » (extrait) in Une saison en Enfer, 1873.

Ana Jotta déploie l’une des œuvres les plus passionnantes et singulières de la scène artistique portugaise des dernières décennies. Peintre avant tout, elle est aussi collectionneuse et glaneuse, redonnant vie aux objets, aux écrits et inventions des autres comme des siennes. Faire est une constante devise dans l’élaboration de son travail artistique, aussi modeste et économe que prolifique.

Un quotidien portugais lui consacrait récemment un grand portrait intitulé : « Histoire d’un chat sans maître ». En effet, Ana Jotta n’a aucun goût pour ce qui est dominant, classifié, ordonné par d’autres qu’elle-même. Obéissant à sa propre orchestration, elle suit ses chemins, routes et cercles nombreux. Elle se définit volontiers comme irrationnelle, aimant l’inclassifiable, l’inépuisable, l’immoral.

Dans la salle consacrée aux J, la sculpture totémique Genealogic Tree (n.d.) est caractéristique de sa pratique. Rappelant une lampe de salon, l’assemblage réunit une lumière, ici artificielle et tamisée à travers un seau en plastique transformé en abat-jour ; un bouclier issu de parades organisées lors de l’exposition universelle au Portugal en 1940 et une peinture de Pedro Casqueiro. Au sommet, une tête de chienne façon trophée, est affublée d’une coiffe royale en hermine. Sous les atours d’armoiries personnelles, Ana Jotta s’amuse des notions de style, de discipline et d’auteur dans une pratique fondamentalement libre.

Les footnotes (notes de bas de page) constituent l’inépuisable réserve et matrice de l’artiste. Cette collection d’objets, d’images, de dessins et de souvenirs s’est constituée au fil du temps et s’enrichit encore, nous rappelant l’importance de l’amateurisme (au sens d’aimer faire) et son attachement aux arts « mineurs ». Conservés dans sa maison à l’allure de rétrospective de sa vie (comme le Petit cirque qui contient une année d’images prises avec son téléphone portable), les footnotes ont été soigneusement choisies par l’artiste, dans un premier temps pour l’exposition A Conclusao da Precedente à Culturgest à Lisbonne en 2014. Photographiées à cette occasion, elles ont donné lieu à un livre, qui a lui-même engendré un papier peint. Cette sorte de Wunderkammer (chambre des merveilles) précurseur du musée moderne, est à l’image du processus de travail d’Ana Jotta et de son oeuvre, toujours en mouvement, comme son propre corps.

Chaque exposition est l’occasion d’une lecture et d’une relecture de son oeuvre, d’une nouvelle proposition de présentation. Il n’y a ainsipas de distinction entre son travail et la manière de l’exposer, de l’arranger. C’est souvent à travers des dispositifs plus légers, transportables, voire périssables que ses oeuvres tour à tour s’effacent et réapparaissent. Ses dernières productions sont des succédanés de ses oeuvres imprimées sur des voiles légers, transparents, fantomatiques.

Ana Jotta se dit excentrique, littéralement hors du centre. Elle vit et travaille aux marges, où de frêles et sensibles choses, presque invisibles, sont éjectées. C’est dans ces espaces négligés, pourtant familiers, qu’elle puise sa matière et pointe l’essentiel. À leur propos, Ana Jotta parle « d’objets exclusifs propres à chacun, susceptibles de par leur étrangeté, charme et anti-forme, d’avoir leur vie à eux ».


Claire Le Restif
Commissaire de l’exposition


En parallèle de l’exposition, plusieurs institutions parisiennes (Jeu de Paume, Théâtre de la Ville, Grand Palais, Cité de l’architecture et du Patrimoine, Fondation Calouste Gulbenkian) mettent à l’honneur la scène portugaise dans le cadre du Printemps Culturel Portugais.

Vidéo(s)

Film de l’exposition, réalisé par Bruno Bellec. © Le Crédac, 2016.

Documents

Ressources pédagogiques

Biographie artiste

  • Ana Jotta est née en 1946 à Lisbonne, où elle vit et travaille. Après des études artistiques à l’Ecole des beaux-arts de Lisbonne (1965-68) et à l’École d’Architecture et d’Arts Visuels de l’Abbaye de la Cambre à Bruxelles (1969 – 73), elle embrasse dans les années 1970 une carrière d’actrice et de scénographe (théâtre, cinéma) avant de se consacrer aux arts visuels à partir des années 1980.

    Elle a notamment bénéficié d’une exposition rétrospective au Museu de Serralves, Porto (2005) et d’expositions personnelles à Culturgest, Lisbonne / Porto (2016, 2014, 2009), ou encore au 8 rue Saint-Bon (2015) et à Level One, gb agency, Paris (2013).

    Ana Jotta est représentée par les galeries ProjecteSD, Barcelone et Miguel Nabinho, Lisbonne.

Partenariats

Avec des oeuvres des : Coleção da Caixa Geral de Depósitos, Lisbonne / Fundação Calouste Gulbenkian, Lisbonne / Fundação EDP, Lisbonne / Fundação de Serralves - Museu de Arte Contemporânea, Porto / Collection du Fonds régional d’art contemporain Île-de-France.
Avec le soutien de Camões - Instituto da Cooperação e da Língua, Portugal.
Partenariat média : Cura., Slash/
Partenariat vernissage : Grolsch

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