Le Crédac

La vie des tables
Exposition collective

Artistes : Boris Achour, Pierre Ardouvin, Ethan Assouline, Marcos Ávila Forero, Nour Awada, Eva Barto, Eric Baudart, Katinka Bock, Roxane Borujerdi, Simon Boudvin, Anne Bourse, Flora Bouteille, Tiphaine Calmettes, Corentin Canesson, Ali Cherri, Gaëlle Choisne, Delphine Coindet, Mathis Collins, Morgan Courtois, Koenraad Dedobbeleer, Mimosa Echard, Aurélien Froment, Dominique Ghesquière, Louise Hervé & Clovis Maillet, Sheila Hicks, Ana Jotta, Véronique Joumard, Kiösk, Kapwani Kiwanga, Jonathan Loppin, Liz Magor, Paul Maheke, Charlotte Moth, Gyan Panchal, Estefanía Peñafiel Loaiza, Nelson Pernisco, Jean-Charles de Quillacq, Hugues Reip, Soraya Rhofir, La Ribot, Bojan Šarčević, Jorge Satorre, Shimabuku, Noé Soulier, Thomas Teurlai, Sarah Tritz, Francisco Tropa, Victor Yudaev, Raphaël Zarka

Commissariat : Claire Le Restif

Les idées naissent souvent d’une marche, d’une nage dans l’eau claire des lacs, en mangeant une tartine de confiture, pendant une insomnie, en jouant au Memory, en lisant des textes inspirés où se développent des idées nouvelles solidement charpentées. Lorsqu’elles apparaissent, il faut les pincer suffisamment fort pour les retenir jusqu’à la table de travail. Qu’elles soient de cuisine, d’atelier ou de bureau, les tables incarnent l’endroit où les intuitions prennent forme.

L’envie d’inviter des artistes à exposer des œuvres pensées pour autant de plateaux a germé il y a quelques temps déjà. Elle prolonge la lecture des textes de Lucy R. Lippard 1, où l’écrivaine et historienne de l’art américaine, activiste et féministe, fait le constat que les artistes, notamment femmes, bénéficient trop peu d’espaces physiques nécessaires à leur création et sont amenées à devoir travailler dans des espaces domestiques et principalement sur leur table de cuisine. Cette idée s’est également nourrie d’une œuvre de Hugues Reip intitulée 0,25 (1990 – 91) 2, composée d’une série de 25 minuscules sculptures réalisées spontanément à partir de mie de pains, de gomme, de trombones, de clous, présentée au public sur une table de cuisine en formica, icône domestique des années 1950.

Cette exposition nous semble nécessaire après ce printemps privé de convivialité, d’échanges et de proximité. Elle a valeur de projet de résistance et d’attention portée aux pratiques artistiques intimes et domestiques. Ce moment de repli sur soi a conduit les créateurs à retrouver des pratiques artistiques modestes et bricolées, quand pour d’autres il s’agit bien d’une pratique régulière. Se concentrant sur la relation que les artistes entretiennent avec leurs « tables de travail  » — refuge, terrain de jeu ou passage obligé — nous invitons les artistes à nous envoyer leurs propositions comme on envoie une lettre. Elles peuvent avoir été pensées pendant la période récente de confinement ou en réponse à cette invitation, elles peuvent être spontanées, modestes, construites ou sophistiquées.

La vie des tables s’adapte aussi à la réalité. Ce projet s’accommode des contraintes liées aux distances et il actualise par jeu et par nécessité le mail art, né en 1962 avec la création par Ray Johnson de la New York Correspondance School of Art. Comme son nom le suggère, le mail art se diffusait principalement par voie postale et de manière spontanée. Ce « mouvement » a annoncé la notion d’attitude comme objet, idée fondatrice de l’art contemporain des années 1970 et qui reste aujourd’hui un enjeu valide.

Les œuvres envoyées par les artistes sont exposées au Crédac sur une multitude de tables glanées en pensant à chacun d’entre eux : de cuisine, de travail, en Formica, en bois, en contreplaqué, peinte ou à l’état brut, carrée, rectangulaire ou circulaire. De formes simples, ces tables sont autant d’îlots qui cohabitent et forment un archipel, composant un paysage évocateur du travail de la pensée et de l’intimité, de la maquette, de l’esquisse ou de la forme aboutie.

  1. Lucy Lippard, Get the message? A decade for Social Change, NY, Ed.Dutton, 1984.
  2. Présentée lors de l’exposition personnelle de Hugues Reip, L’Évasion, au Centre d’art contemporain d’Ivry — le Crédac en 2018.

Documents

Ressources pédagogiques

Partenariats

En partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

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