Le Crédac

L’Iguane
• Acte I, La Salle sans nom (20.01. — 18.02.) • Acte II, Rien n’est dit (20.02. — 25.03.)

Louise Hervé & Clovis Maillet

Commissariat : Claire Le Restif et Sébastien Martins

« Le temps passe si lentement pour moi que je pense que je durerai toujours ».
« Le Nid de l’Iguane », épisode 10, in Louise Hervé et Clovis Maillet, Attraction Étrange, 2013.

Les visiteurs fidèles du Crédac se souviendront de la présence de Louise Hervé & Clovis Maillet dans l’exposition collective L’Homme de Vitruve, en 2012. Il s’agissait de notre première collaboration lors de laquelle le duo présentait une sélection d’objets ayant appartenu à Maurice Thorez (dirigeant du Parti Communiste Français de 1930 à 1964, député d’Ivry) et conservés aux Archives municipales d’Ivry. Celui qui titra son autobiographie Fils du Peuple et revendiquait le livre comme outil d’émancipation, devenait le point de départ d’une nouvelle de science-fiction, L’un de nous doit disparaître, et d’une performance, produites par le Crédac à cette occasion.

Notre intérêt pour leur travail n’a pas faibli et nous avons suivi avec attention le développement de leurs recherches. Cette invitation a pour postulat la mise en place d’une exposition à caractère anthologique, pour souligner la richesse du processus de travail. Louise Hervé & Clovis Maillet nous présentent un volet de leur dernier projet tout en revisitant une sélection de leurs productions antérieures, repensées dans des nouveaux dispositifs de monstration, pour les donner à voir sous un nouveau regard. Elle et il ont souhaité articuler l’exposition en deux actes, La Salle sans nom et Rien n’est dit, composés d’un programme rétrospectif de moyens métrages au sein du Crédakino, et de performances pour lesquelles des temps sont dédiés sur toute la durée de l’exposition.

L’Iguane est l’exposition d’une méthode. Est-ce parce l’une est diplômée de l’école d’art de Cergy, et l’autre d’un doctorat en anthropologie historique à l’EHESS que leur travail est conçu de manière singulière ? Elle et il explorent des épisodes historiques, tels l’enseignement pythagoricien, les fêtes et chants fraternels des Saint- Simoniens ou la pratique du jiu-jitsu par les suffragettes, pour y puiser des points de réflexions sur les modes de transmission du savoir et les moteurs de révolution sociale. Par ces éléments propices à la reconstitution, à travers lesquels se mêlent récits historiques et fictionnels, se dessine une généalogie de leur propre pratique autant qu’un questionnement du présent.

La scénographie imaginée pour l’exposition rappelle leur « intérêt raisonnable pour le diorama »1 et les dispositifs illusionnistes, animés de projections et d’images synchronisés. Les éléments de mise en scène déployés évoquent le théâtre, dans une conception où acteur et spectateur partageraient le même espace, et le mystère, par des références à la magie ou à l’initiation ésotérique. Les deux artistes laissent néanmoins le revers du décor apparent et réservent des zones dérobées ouvrant sur le paysage.

Dans un espace aux allures muséales, Louise Hervé & Clovis Maillet présentent une collection imaginaire d’œuvres du début du XXe siècle à nos jours, que Fleury-Joseph Crépin, Madge Gill, Alexandro Garcia ou encore Augustin Lesage auraient exécutées sous la conduite d’esprits et d’entités extraterrestres leur prodiguant visions ou conseils techniques. Le duo d’artistes s’essaie aussi à l’expérience en produisant des fac-similés, guidé par les « esprits » bienveillants de leur entourage. Il s’agit-là d’un volet de leur dernier projet développé dans le nord de la France et en Belgique. Elle et il y tissent des liens entre l’architecture fouriériste, l’art spirite et une rencontre insolite avec un iguane, qui donne son titre — pour le moins énigmatique — tant à l’exposition qu’au film en cours de tournage au moment de son ouverture, dont est présenté ici un premier extrait de trois minutes.

Une fenêtre ouverte dans cet espace laisse entrapercevoir une unnamed room (salle sans nom), lieu parallèle dont la porte dérobée ne peut être franchie par le public qu’aux temps de performances. Ne serait-ce pas là encore une mise en scène brouillant les frontières entre l’espace de l’illusion et les coulisses, la reconstitution scientifique et le divertissement, le savoir et le merveilleux ?


Depuis plusieurs années, Louise Hervé & Clovis Maillet évoquent l’iguane dont la relation au temps est différente de la nôtre. À travers ses yeux, la rétrospection pourrait aussi bien être ancrée dans le présent que constituer un regard porté vers l’avenir. Cet animal antédiluvien aux mouvements infimes, presque pierre, rejoint l’intérêt des artistes pour le vivant comme vestige d’un temps qui n’est pas tout à fait révolu :

« Dans un café sur le port de Dunkerque vit un iguane : il y a quelques années, nous l’avons rencontré. Nous étions logées dans l’auberge de jeunesse, entre la plage et le port, qui accueillait alors le congrès annuel de l’illusion. Nous étions les seules personnes incapables d’un tour de prestidigitation. Ce soir-là, nous avons dîné au café avec un marin. L’iguane nous a dévisagées longuement. Il bougeait peu, avec tant de lenteur que nos gestes humains en paraissaient désordonnés: l’iguane évolue dans une autre dimension, avons-nous pensé, où le temps et les perceptions sont modifiés. Peut-être vit-il pour toujours, dans l’avenir.»2

Claire Le Restif et Sébastien Martins
Commissaires de l’exposition

  1. « Un intérêt raisonnable pour le diorama », épisode 2, in Louise Hervé et Clovis Maillet, Attraction Étrange, 2013
  2. Louise Hervé & Clovis Maillet

Vidéo(s)

Film de l’exposition, réalisé par Florence Weyne Robert. © Le Crédac, 2018.

Documents

  • Feuille de salle — L’IGUANE, Louise Hervé & Clovis Maillet
    349.72 KB / pdf
    Téléchargement
  • Dossier de presse — L’IGUANE, Louise Hervé & Clovis Maillet
    2.11 MB / pdf
    Téléchargement

Ressources pédagogiques

  • Réflex #35 — L’IGUANE, Louise Hervé & Clovis Maillet
    3.42 MB / pdf
    Téléchargement

Biographie artiste

  • Louise Hervé & Clovis Maillet (né.e.s en 1981) travaillent en duo sous l’entité I.I.I.I. (International Institute for Important Items), créée il y a plus de 15 ans pendant leurs études, respectivement en art et en anthropologie historique.

    Elle et il sont représenté.es par la galerie Marcelle Alix.

Partenariats

Collections : Archives municipales Ivry-sur-Seine ; Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut, Villeneuve d’Asq ; christian berst art brut ; Hugues Reip ; Nathalie Gilles.
Avec le soutien de Thalie Art Foundation, Bruxelles
et de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et
Plastiques.
Partenariat vernissage : Grolsch, Les Nouveaux Robinson

Partager cette page sur :FacebookTwitter