Le Crédac

Avant la panique

Vincent Beaurin

Commissariat : Claire Le Restif

La première visite d’atelier avec Vincent Beaurin en 2003, m’a permis de découvrir avec jubilation, la singularité du travail de cet artiste, qui depuis les années 80 et pendant quinze ans a nourrit une passionnante relation avec les objets. Né en 1960, Vincent Beaurin échappe aujourd’hui à tous les courants artistiques établis. Ce « singulier » existe pleinement hors catégories.
Ses œuvres ne sont pas des démonstrations d’idées et il laisse volontiers le spectateur libre de son propre cheminement. Il sculpte le polystyrène avec des outils rudimentaires. Le polystyrène, c’est léger. C’est proche du degré zéro de matérialité. C’est blanc comme la neige dans les Ardennes d’où il vient, et qui scintille comme les paillettes dont il recouvre ses sculptures.
Vincent Beaurin crée un univers insolite, archaïque et merveilleux où dans une lumière tantôt glaciale, tantôt orange ou dorée se croisent des hybrides zoomorphes et minéraux. Avant la panique évoque à la fois un musée d’histoire naturelle, un parc de divertissement, un mastaba, ce monument funéraire trapézoïdal abritant un caveau ou une chapelle, construit pour les notables de l’Egypte pharaonique de l’Ancien Empire. C’est d’autant plus intéressant que l’architecte du bâtiment qui abrite le Crédac, Jean Renaudie, refusa de marquer les entrées par une quelconque mise en scène, les fit disparaître comme celles des pyramides d’Egypte.

Vincent Beaurin dit « Le visible est constitué de multitudes d’images, elles-mêmes constituées en nuées de particules colorées. Tout cela est suspendu au milieu du vide. Le monde est en quelque sorte l’enseigne de quelque chose qui nous échappe. Ce que je donne à voir reflète cette vision. C’est en l’air comme dans la tête. C’est accroché en hauteur, non pour en interdire l’accès mais au contraire pour en garantir la visibilité, d’autant que l’œuvre d’art n’est pas une fin mais bien une invocation ou un témoin ou encore une enseigne.
La lumière est plus qu’importante dans ce dispositif. Les choses se révèlent, s’épanouissent grâce à la lumière. Elles peuvent aussi mourir à cause d’elle. La lumière n’est dépendante d’aucun appareil d’éclairage, pas plus que l’espace d’aucun édifice architectural.
De même, les gens doivent reprendre contact avec l’intime. Ils doivent oser tenir compte de leur intuition au-delà des expressions triviales et grégaires comme les jeux de mots, les associations libres, les références, l’autorité.
Il est aussi question ici pour le spectateur, de sortie de secours. Il est invité à regarder les choses telles qu’elles se présentent, avec discernement et précision, afin d’évacuer dans les meilleurs délais ».

En plus d’un titre d’exposition Vincent Beaurin propose un titre à son projet The new tate à Ivry.
La « New Tate » située à Londres, est l’extension pour l’art contemporain de la Tate Modern. Installée dans une friche industrielle réhabilitée récemment. Inaugurée avec grand renfort de communication, c’est un symbole monumental de la réussite des artistes contemporains anglais sur le marché international.
Vincent Beaurin dit « Le sol de l’immense hall de la Tate Modern à Londres est incliné comme celui de la grande salle du Crédac. Une passerelle barre ce volume aux dimensions pharaoniques. A part d’être un balcon pour le musée qui se dresse sur la gauche, elle ne conduit à rien.
Les choses se font parfois écho. Ici, un animal s’avance timidement sur un pont de singe mal assuré. Là, sur un piton rocheux, un satyre hurle. L’un est paumé, l’autre est piégé. »
C’est avec beaucoup d’humour que Vincent Beaurin traite à la fois d’une comparaison improbable entre deux lieux et rit de sa place dans l’art aujourd’hui.

Claire Le Restif

Biographie artiste

  • Né en 1960.
    Vit et travaille à Paris, France.
    Il est représenté par la galerie Laurent Godin, Paris.

Partager cette page sur :FacebookTwitter