Le Crédac

The Registry of Promise - 3
The Promise of Moving Things

Exposition collective

Artistes : Nina Canell, Alexander Gutke, Michael E.Smith, Antoine Nessi, Mandla Reuter, Hans Schabus

Commissariat : Chris Sharp

The Registry of Promise est une série de quatre expositions–réflexions sur ce que l’avenir pourrait nous réserver ou pas. Ces expositions jouent sur des lectures multiples et simultanées du concept de promesse : anticipation du futur, maintien ou rupture de la promesse, ainsi qu’un sentiment d’inéluctabilité, positif et négatif. Une telle polyvalence revêt, en ce moment historique, un caractère particulièrement poignant. Les notions de progrès technologique et scientifique inaugurées par le Siècle des Lumières n’ont plus la cote d’antan, et nous avons abandonné depuis longtemps la vision linéaire de l’avenir qui leur était associée. Cette ancienne vision a entre-temps été remplacée – si l’on peut parler de remplacement – par le spectre menaçant d’une catastrophe écologique globale. De la promesse anthropocentrique de la modernité, nous sommes apparemment passés à une foi négative dans le post-humain. Et pourtant, l’avenir n’est pas nécessairement un livre clos. Loin d’être fataliste, The Registry of Promise prend en considération les différents modes du futur tout en essayant d’en concevoir de nouveaux. Tout cela dans une tentative de valoriser le potentiel de polyvalence et muabilité au cœur du mot « promesse ».
Ayant lieu sur une période de près d’un an, The Registry of Promise consiste en quatre expositions autonomes mais tout de même étroitement liées, pouvant être lues comme différents chapitres d’un livre. Le projet a été inauguré à la Fondazione Giuliani, Rome, avec The Promise of Melancholy and Ecology, suivi par The Promise of Multiple Temporalities au Parc Saint Léger, centre d’art contemporain, Pougues-les-Eaux, puis par The Promise of Moving Things au Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac et trouvera sa conclusion avec The Promise of Literature, Soothsaying and Speaking in Tongues au SBKM/De Vleeshal à Middleburg.

Troisième volet du cycle The Registry of Promise (Le Registre des promesses), The Promise of Moving Things s’intéresse à la vie présumée des objets dans notre modèle pré-post-apocalyptique actuel. En s’inspirant à parts égales de l’animisme, de l’ontologie « orientée objet » fort débattue actuellement, du surréalisme illustré par le chef-d’œuvre de jeunesse d’Alberto Giacometti Le Palais à quatre heures du matin (1932) et même des réflexions théoriques du chef de file du nouveau roman Alain Robbe-Grillet (un ontologiste objectuel bien avant la lettre, pourrait-on dire), The Promise of Moving Things veut traiter précisément de cela : l’idée même qu’au sein des objets réside une promesse, dans un monde où l’homme n’est plus le vagabond de la terre. Sans récuser ni entériner ces idées, l’exposition revendique au contraire l’ambiguïté qui est au cœur de la notion de promesse. Elle pose la question de savoir dans quelle mesure cette foi négative en la dimension culturelle et animiste des choses constitue une rupture authentique avec la tradition de l’humanisme anthropocentrique, et dans quelle mesure elle ne fait que la perpétuer.

The Promise of Moving Things réunit donc des œuvres centrées sur des objets ou des processus qui semblent posséder une espèce de subjectivité humaine. Par exemple, Konstruktion des Himmels (1994), l’installation sculpturale déployée au sol par l’artiste viennois Hans Schabus, pourrait être un simple déploiement aléatoire de boules de cire de taille variable autour d’une lampe d’architecte, ou bien la forme la plus humaine d’organisation céleste : une constellation (ce qu’elle est effectivement, recréant l’Apparatus sculptoris, ou Atelier du sculpteur, identifié et baptisé au XVIIIe siècle par Louis de Lacaille). Presque par contagion, The Agreement, Vienna (2011), l’installation du plasticien berlinois Mandla Reuter qui consiste en une armoire suspendue au plafond, revêt un aspect quasi surnaturel et animiste. Le transfert d’une supposée subjectivité humaine apparaît clairement dans Auto-scope (2012) d’Alexander Gutke, artiste qui vit et travaille à Malmö. Son film 16 mm décrit la trajectoire d’une pellicule qui se dévide d’un projecteur dans un paysage enneigé parsemé d’arbres, monte au ciel, puis redescend sur la terre pour se réenrouler à l’intérieur du projecteur, et ainsi de suite, dans une sorte d’allégorie de la réincarnation. Les discrètes interventions sculpturales de Michael E. Smith, établi dans le New Hampshire, emploient souvent des vêtements recyclés, des rebuts de l’industrie automobile, des cadavres d’animaux et divers plastiques nocifs. Il en émane une impression hallucinante de corps humain, de l’ordre de la possession, comme si l’esprit de l’un s’était logé dans l’autre. Le dijonnais Antoine Nessi emprunte son vocabulaire plastique à l’univers des machines et des outils, pour créer des sculptures que l’on qualifiera de post-industrielles, où l’inanimé semble pénétrer le règne du vivant et acquérir une existence autonome. Enfin, la démarche de l’artiste suédoise Nina Canell, berlinoise d’adoption, n’est jamais loin du cinétisme et d’une certaine dimensionanimiste, aussi trompeuse qu’aisément reconnaissable. En guise de cas d’école, Treetops, Hillsides & Ditches (2011) se compose de quatre bûches de bois sur lesquelles est déposée de la résine de pistachier lentisque (aussi appelé « arbre au mastic ») qui enrobe leurs sommets (à la manière des têtes d’allumettes) et dégouline lentement sur leur pourtour, les enveloppant telle une peau vivante.
La compréhension de chaque œuvre se trouve ainsi contrariée par des questions de subjectivité, de projection, de nécessité et de désir. Quant au degré de complicité des œuvres dans cette perception, il est variable et discutable. Cela ne nous empêche pas pour autant de concevoir un monde dont l’homme ne serait pas le centre, comme le suggérait Robbe-Grillet.


Chris Sharp

Biographie commissaire

  • Chris Sharp (né en 1974, Etats-Unis) est un écrivain et commissaire indépendant actuellement basé à Mexico. Parmi ses projets récents : l’Exposition suisse de sculpture 12 à Biel / Bienne (2014, co-commissaire avec Gianni Jetzer) ; Stay in Love, une exposition en deux parties, galerie Lisa Cooley et galerie Laurel Gitlen, New York, 2014 ; Notes on Neo-Camp, galerie Office Baroque, Anvers, 2013, qui a voyagé ensuite à Studio Voltaire, Londres, 2013 ; Seeing is Believing, exposition solo de Jochen Lempert, galerie Norma Mangione, Turin, 2013 ; Mexico Blues, Shanaynay, Paris, 2012 ; Smeared with the Gold of the Opulent Sun, Fondation Nomas, Rome, 2012 ; Bouvard and Pécuchet’s Compendious Quest for Beauty, co-commissaire avec Simone Menegoi, David Roberts Art Foundation, Londres, 2012 ; Antic Measures, Galerija Gregor Podnar, Berlin, 2011 ; Under Destruction, co-commissaire avec Gianni Jetzer, Musée Tinguely, Bâle, 2010, puis Swiss Institute, New York, 2011.
Sharp co-dirige également, avec l’artiste Martin Soto Climent, l’espace d’expositions Lulu à Mexico City.
    Il contribue au comité éditorial des magazines Kaleidoscopeet Art Review, et publie dans de nombreux magazines et publications en ligne, notamment Artforum, Fillip, Après tout, Mousse, Metropolis M, Spike, Camera Austria, artpress, et Art-Agenda. Il a contribué à des publications de référence sur l’œuvre d’artistes tels que Jean-Luc Moulène, Simon Dybbroe Møller, Dane Mitchell, Roman Ondák, Michael Dean, Ian Kiaer, Nina Canell, Nina Beier et Owen Land entre autres, pour des institutions telles que Moderna Museet, Malmö, Hambourg Kunstverein, Kunsthalle de Berne, Sculpture Center, New York, Nouveau Musée National de Monaco, Macro, Rome et la Biennale de Rennes, France.

Partenariats

The Registry of Promise s’inscrit dans PIANO, plateforme préparée pour l’art contemporain, France–Italie 2014-2015, initiée par d.c.a / association française de développement des centres d’art, en partenariat avec l’Institut français d’Italie, l’Ambassade de France en Italie et l’Institut français, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, du ministère de la Culture et de la Communication et de la Fondation Nuovi Mecenati.
Partenaires média : Le Journal des Arts, cura.,
Partenaire des évènements : Grolsch

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