Le Crédac

Des attentions

Exposition collective

Artistes : Fouad Bouchoucha, Laurence Cathala, Raymond Hains, Susan Hiller, Nicolás Lamas, Daria Martin, Antoni Muntadas, Daniel Steegmann Mangrané, Batia Suter, Suzanne Treister

Commissariat : Brice Domingues, Catherine Guiral et Hélène Meisel

Parmi les foules affairées de certains tableaux de la Renaissance, des figures hors jeu pointent leur index vers le coeur trépidant de la scène, interceptant et invitant notre regard, peut-être égaré. Dessinée dans les marges de certains manuscrits puis reproduite en signe typographique, la petite main à l’index tendu (manicule ou digit) sert ensuite d’annotation, indiquant au lecteur, peut-être pressé ou distrait, les passages notables d’un texte. Puis, de plus en plus directive, cette main devient pur outil de communication : flèche signalétique, enseigne lumineuse, injonction commerciale. La petite main devient légion, attirant notre attention sur une myriade de signaux émis par la presse, la radio, la photographie, le cinéma et la télévision.

Bien avant que notre environnement médiatique ne mute en cosmos numérique, Walter Benjamin constatait déjà la généralisation d’une « réception par la distraction », signalant « d’importantes mutations de la perception ». Sur internet, c’est encore l’icône d’une petite main, gantée de blanc, qui signale le survol de liens hypertextes, activables par la pression d’un clic, tandis que parallèlement, nos doigts pistent directement sur écran tactile des traques tour à tour inspirées et désoeuvrées. Des frayages multiples — captifs ou émancipés — qui dessinent des cheminements mus par l’intérêt, la curiosité, l’étonnement ou le délire associatif.

Dans l’esprit d’une « écologie de l’attention » définie par Yves Citton en 2014, l’exposition des attentions s’interroge : « que laissons-nous passer (ou pas) à travers nous » au sein de l’environnement numérisé dans lequel nous évoluons ? Les dix artistes rassemblés pour cette exposition mobilisent une attention fluctuante et vagabonde, affranchie d’un déterminisme technologique comme d’une standardisation monnayable. Plutôt qu’un état d’alerte permanent exigeant d’être immédiatement réceptif et réactif, ils esquissent une veille furtive et modulable, rêveuse et frondeuse ; sourde aux chants des sirènes, mais attentive au contexte, à l’entourage, à l’environnement. Loin des impératifs de performance dictés par une logique quantificatrice, leurs œuvres embrassent une « distraction émancipatrice », une attention flottante capable de faire ses propres mises au point.

Vidéo(s)

Film de l’exposition, réalisé par Thomas James. © Le Crédac, 2019.

Documents

  • Feuille de salle — DES ATTENTIONS, Exposition collective
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  • Dossier de presse — DES ATTENTIONS, Exposition collective
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Ressources pédagogiques

  • Réflex #38 — DES ATTENTIONS, Exposition collective
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Biographies artistes

  • Hélène Meisel est historienne et critique d’art, et a consacré une thèse à « La subsistance subjective. Problématiques romantiques dans l’art conceptuel » (Sorbonne – Paris IV, 2016). Elle est chargée de recherches et d’exposition au Centre Pompidou-Metz, où elle a contribué aux expositions Sublime. Les tremblements du monde (cur. Hélène Guenin, 2016) et Jardin infini.De Giverny à l’Amazonie (cur. Emma Lavigne et Hélène Meisel, 2017). Elle contribue et a contribué à différentes revues (20/27, Les Cahiers du Musée d’art moderne, 02), ainsi qu’à des ouvrages et catalogues d’exposition (Chaosmose, INDEX 1987–2017 30 ans du Crédac.

  • Depuis 2008, Catherine Guiral et Brice Domingues forment le studio de design graphique officeabc, et contribuent, depuis 2010, à l’agence du doute aux côtés de Jérôme Dupeyrat (éditions, performances, commissariats, conférences). Ils ont été invités à participer à l’exposition collective France Électronique, Printemps de Septembre, Toulouse, (cur. Jill Gasparina, 2018), et ont été récemment les commissaires de l’exposition Pierre Faucheux. Espaces de lecture, lecture d’espaces au Signe à Chaumont (2018). Ils ont également réalisé la direction artistique de l’ouvrage monographique de l’artiste Lisa Beck, The Middle of Everywhere (La Salle de bains, Galerie Samy Abraham, Centre d’art Circuit, 2015), de l’ouvrage Variations Claude Imbert (T&P Publishing, 2018) et du livre d’artiste Simple Gift avec Florent Dubois (Tombolo Presses, 2017).

    Catherine Guiral enseigne le design graphique à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Elle mène en parallèle une thèse de doctorat consacrée au typographe français Pierre Faucheux (Royal College of Art, Londres).

    Brice Domingues enseigne le design graphique à l’École supérieure d’art et de design de Reims, et a animé de 2014 à 2018 l’atelier de recherche et de création en design graphique lecture(s) de forme, forme(s) de lecture à l’École nationale supérieure d’art de de design de Nancy.

Partenariats

L’œuvre Nightshift de Battia Suter est produite avec le soutien du Mondriaan Fonds. Partenariat média : 02. Partenariat vernissage : Grolsch, Les Nouveaux Robinson

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