Le Crédac

Dans ce lieu de déséquilibre occulte

Mathieu Kleyebe Abonnenc

À travers ses sculptures, vidéos et installations récentes, Mathieu Kleyebe Abonnenc développe une pratique inspirée de l’œuvre de l’écrivain guyanien Wilson Harris (1921-2018).
Nourries de l’observation méticuleuse du territoire à l’image de ce dernier — car Wilson Harris a été arpenteur et hydrographe au Guyana pendant dix-sept ans — mais également par la vision poétique et cosmogonique que l’auteur en propose, les œuvres de Mathieu Kleyebe Abonnenc se déploient dans les trois salles du Crédac tel un livre ouvert.

C’est un paysage vivant et sonore où se mêlent l’histoire intime de l’artiste et les histoires réelles et fictives communes à la Caraïbe que les spectateur·rices sont invité·es à parcourir. Dans ce lieu de déséquilibre occulte, les yeux et les oreilles doivent apprendre à regarder et à écouter avant de déchiffrer les traces et les cicatrices qui ont marqué indélébilement les terres, les arbres et les rivières, dont Thomas Tilly (artiste sonore), pour l’exposition, a capté les voix. Ces enregistrements de terrain et électronique donnent lieu à une œuvre inédite réalisée en collaboration entre Mathieu Kleyebe Abonnenc et Thomas Tilly.

C’est que le paysage, tout comme les corps de ceux et celles ayant subi des violences et des migrations forcées, et leurs héritier·es, garde dans la peau la mémoire de ces histoires, prête à entrer en résonance avec celui ou celle qui le visite. Les formes et les gestes qui s’y jouent, comme une danse, narrent alors aussi le récit d’une adaptabilité et d’une résistance salvatrice.
Évoquant à la fois l’obscurité de la cale du navire esclavagiste, l’état instable de la matière telle qu’évoquée par Harris, et les espaces d’ombres d’une forêt amazonienne luxuriante, Dans ce lieu de déséquilibre occulte est aussi cette zone où se tient le peuple œuvrant activement à l’émancipation d’un passé douloureux, à une forme de réparation « […] par l’affirmation créative du traumatisme colonial et de ses déviations existentielles. »

Documents

  • Feuille de salle — DANS CE LIEU DE DÉSÉQUILIBRE OCCULTE, Mathieu Kleyebe Abonnenc
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  • Réflex n°48, dossier de réflexion — DANS CE LIEU DE DÉSÉQUILIBRE OCCULTE, Mathieu Kleyebe Abonnenc
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Biographies artistes

  • Mathieu Kleyebe Abonnenc vit et travaille à Sète (FR). Sa démarche multiforme se caractérise par des projets artistiques, la recherche, le commissariat d’exposition et la programmation de films et explore des domaines négligés par l’histoire coloniale et postcoloniale. Il collabore avec des acteur·ices issu·e·s de divers champs disciplinaires.
    Parmi ses expositions personnelles récentes, on peut citer In the Womb of the Glass Ship à La Loge (Bruxelles, 2022), Gods Moving in Places. The Day Reader à l’IFA (Berlin, 2022), The Music of Living Landscapes à Kestner Gesellschaft (Hanovre, 2022), Le palais du Paon au Musée départemental d’art contemporain (Rochechouart, 2018), Concerning Solitude à la Fondation Jumex (Mexico, 2018), Maintenir la distance, à Guyane Art Factory (Cayenne, 2017), Mefloquine Dreams au MMK (Francfort, 2016), Songs For a Mad King, à la Kunsthalle (Bâle, 2013) et Préface à des fusils pour Banta, à Gasworks (Londres, 2011).
    Il est actuellement doctorant à l’EDESTA- Paris 8. Il écrit et coédite également des livres avec les maisons d’édition B42 et Ròt-Bò-Krik.

  • Thomas Tilly est un musicien utilisant le microphone et le haut-parleur comme principaux instruments de création.
    Situé dans le champ de la recherche musicale expérimentale, son approche de la prise de son aborde les questions de nos relations à l’écoute et de la perception du sonore au-delà des présupposés naturalistes. Impliqué depuis une dizaine d’années dans plusieurs projets collaboratifs avec des équipes de biologistes et d’anthropologues, ses travaux opèrent un aller-retour constant entre les objets attribués à la « nature », et ceux aux « mondes humains ».

    Le Field Recording pour Thomas Tilly :
    « Il ne s’agit pas que de capter le son, mais de placer le microphone au même rang que l’instrument de musique et d’envisager la situation de cet instrument dans l’espace comme une méthode de composition ; il s’agit de détourner son rôle d’outil de communication pour appréhender l’onde sonore autrement. S’attaquer à un immatériel croisant tout ce qui constitue et conditionne le matériel, s’attacher à parler et user du bruit comme quelque chose de précieux et unique, confronter ce bruit à ce que l’on appelle musique. »

Évènements & Rendez-vous

Partenariats

Exposition en partenariat avec La Loge, Bruxelles.

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