Le Crédac

Carte Blanche à Frédéric Bonnet

Polvo de Gallina Negra (Maris Bustamante & Mónica Mayer)

Commissariat : Frédéric Bonnet

A l’occasion de J’aime les rose pâle et les femmes ingrates, une exposition collective de l’artiste Sarah Tritz pensée comme un dialogue entre ses productions récentes et des oeuvres qui nourrissent sa réflexion, l’artiste donne carte blanche à Frédéric Bonnet pour proposer un programme vidéo en écho à son exposition.

L’action n’est pas anodine : dans un pays aussi machiste, deux femmes artistes s’emparent d’un plateau de télévision afin – première transgression – d’y produire une performance participative et collective et – seconde transgression – de tenter de faire comprendre à un homme, physiquement et mentalement, à quoi peut s’apparenter le vécu d’une femme enceinte.

Fondé en 1983 par Maris Bustamante (née en 1949) et Mónica Mayer (née en 1954), Polvo de Gallina Negra [Poudre de poule noire, en fait une concoction aux pouvoirs magiques censée protéger du mauvais œil] fut le premier collectif d’art féministe au Mexique, actif jusqu’en 1993. Son projet revendiqué était notamment d’analyser l’image des femmes dans les médias et d’altérer la réalité, visuelle autant que vécue, d’une féminité coulée dans un ordre patriarcal ; avec en particulier la maternité en ligne de mire.

Projet au long cours ayant autant pris la forme de participations à des manifestations que de textes, conférences, performances ou expositions, ¡ Madres ! conduisit les artistes à transgresser avec humour les stéréotypes biologiques et sociaux associés à la maternité, en se rendant très actives dans l’espace public ou au travers du mail art, manière d’aborder un public élargi.

C’est à cette aune que se déroula le 27 août 1987 l’une de leurs actions les plus éclatantes, Madre por un Día [Mère d’un jour], lorsqu’elles intervinrent en direct dans le talk-show Nuestro Mundo, revendiquant deux cents millions de téléspectateurs et diffusé sur l’un des canaux de Televisa, le plus puissant groupe télévisuel au Mexique. Le journaliste Guillermo Ochoa se laisse alors, non sans humour, entrainer dans l’expérience d’être le premier homme à devenir « Mère d’un jour », tout en étant couronné « Reine du foyer », comme l’est chaque mère de famille dans un système ultra codifié.
Ou lorsque la télé pouvait parfois servir à un éveil des consciences, pour ne pas dire apporter une touche de résistance.

Frédéric Bonnet

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