Le Crédac

Carte Blanche à François Aubart

Ellen Cantor

Commissariat : François Aubart

À l’occasion de J’aime les rose pâle et les femmes ingrates, une exposition collective de l’artiste Sarah Tritz pensée comme un dialogue entre ses productions récentes et des œuvres qui nourrissent sa réflexion, l’artiste donne carte blanche à François Aubart pour proposer un programme vidéo en écho à son exposition.Dans les années 1990, Ellen Cantor (1961-2013), qui cherche à transcrire les émotions engendrées par la vie affective, est confrontée à une question : comment exprimer sincèrement les sentiments sans verser dans les clichés ?

Elle y trouve une réponse en manipulant les images stéréotypées produites par les industries du divertissement. Dans Within Heaven and Hell (1996), la voix-off de Cantor raconte son histoire d’amour avec un homme, l’exaltation de leur rencontre et la violence de leurs déchirures. Elle est accompagnée de scènes de la comédie La Mélodie du bonheur (1965) et du film d’horreur Massacre à la tronçonneuse (1974). Pour raconter la façon dont une relation est vécue, Cantor utilise des images produites pour provoquer l’allégresse ou la frayeur.
Pour réaliser Madame Bovary’s Revenge (The Lovers) (1995), elle utilise des scènes du film Les Amants (1958). Ce film qui narre la vie d’une femme quittant l’ennui de sa vie partagée entre son mari et son amant lorsqu’elle rencontre un troisième homme, use d’ellipses pour évoquer l’acte sexuel. Cantor les complète d’extraits du film pornographique Behind the Green Door (1972). L’artiste détourne ainsi les tropes de la pornographie pour raconter une histoire d’amour.
C’est mue par une même réflexion, nourrie de féminisme, sur la façon de montrer l’acte sexuel en cherchant une alternative aux représentations stéréotypées, violentes et dégradantes, de la pornographie, qu’elle réalise Club Vanessa (The London Tape) (1996). Dans cette vidéo, Cantor explique qu’elle rêve d’un monde futur dans lequel toute personne pourrait avoir plusieurs partenaires sans que cela n’engendre de jalousie. Elle raconte ensuite plusieurs histoires personnelles : une partenaire qui, lors d’un rendez-vous a invité un homme ; son amie Vanessa qui aimerait avoir un petit ami à qui Cantor répond qu’elle est un garçon. Ces propos, face caméra, sont accompagnés d’autres scènes, qui montrent Cantor faisant l’amour avec une femme puis avec un homme. Ses histoires et ses expériences personnelles, à priori réalistes, sont mêlées à des images extraites de films et sont parfois montrées diffusées sur une télévision, troublant ainsi la distinction entre vie réelle et représentation. Cantor trouve ainsi un moyen pour exprimer autant ses pensées sur l’amour, que les émotions engendrées par ses rencontres, et le fait de faire l’amour.

François Aubart

Partager cette page sur :FacebookTwitter