Quelques rayons d’attente
Cynthia Lefebvre
« Poteries campaniformes ». Françoise Treinen, Les poteries campaniformes en France. In: Gallia préhistoire, tome 13, fascicule 1, 1970. pp. 53-107.
Ateliers Daban, fabricant de sonnailles à Nay, septembre 2025 © C. Lefebvre
Lou Sauvo-terro, nom donné aux cloches que l’on sonnait autrefois par temps d’orage pour conjurer la foudre et la grêle. Carte postale du début du XXe siècle, éditée dans la série dite « félibre Bérard ».
Vue intérieure de « la Savoyarde » fondue en 1891 (MM.Georges et Francisque Paccard, fondeurs). Abritée dans le campanile de la basilique du Sacré Coeur de Montmartre, c’est la plus grosse cloche de France. Poids : 18 835 kg, Diamètre : 3,03 m.
Curatorship: Claire Le Restif
Quelques rayons d’attente commence par un geste, celui de renverser. Cette chose à basculer, appelons-la pot, ou tasse, ou bol. Renversée, appelons-la « cloche ».
Quelques rayons d’attente en compte quelques-unes : des fausses cloches, des cloches copiées, des cloches paniers, des cloches ébréchées, des cloches ventres, des choses vraies.
Cynthia Lefebvre mène depuis plusieurs années une réflexion sur les objets et les gestes qui les activent. Son exposition conçue pour le Crédac réunit pièce sonore, céramiques, film, performance et collections d’objets. Elle est animée de différentes vibrations, de sons rémanents, de visions : le souvenir de l’entrechoc de tasses en céramique lors d’un tremblement de terre, devenant pour quelques instants instruments de musique ; l’expérience du paysage sonore d’un troupeau d’été devenant troupeau d’hiver.
L’artiste fouille et déplie ces matières, leurs enjeux symboliques, esthétiques comme historiques. Il lui importe de sortir de l’atelier, de rencontrer et de donner voix à différent·es acteur·ices. Et ce sont ces rencontres qui font œuvres. Thérèse, bergère sans terre de la forêt de la Double (Dordogne) avec qui elle re-ensonnaille son troupeau de cloches en céramique pour découvrir, dans la rythmique des déplacements de ses brebis, un tintement transmuté. Les patient·es du centre médico-psychologique d’Ivry qui dé-forment bols, billes et grelots dans une écoute déplacée.
C’est là le fil rouge de l’exposition, où chaque forme détournée a été pensée pour sonner. Dans un désir de déborder le geste, l’usage, le faire, Charles Dubois, percussionniste, en révèlera les potentiels acoustiques lors de deux performances.
Si la cloche a longtemps été un instrument de communication pour appeler, réguler, avertir, rassembler, protéger, elle est ici un endroit de bascule où quelque chose de l’ordre de la puissance sensible apparaît.
Artist biography
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Née en 1989, Cynthia Lefebvre s’est initialement formée à la céramique et à la culture chorégraphique. Diplômée de l’Ecole des Beaux-arts de Paris, elle développe une pratique à la croisée des arts visuels, du travail sculptural et de pratiques performatives. Avec le corps pour principal outil d’investigation, son travail explore divers champs autour des notions de vulnérabilité, d’équilibres précaires, de déplacements.
En 2018, le Crédac l’invite pour une performance dans le cadre d’une carte blanche à Jany Lauga.
Son travail est montré lors de diverses expositions et performances au Louvre, au Frac Ile-de-France, à l’ARC Scène nationale du Creusot (Manutentions, 2024), à la Ménagerie de Verre, au Doc, à la Crypte d’Orsay (Les yeux dans les mains, 2021), à la galerie Bertrand Grimont, à la Maison des Arts Claude Poly (Jours concaves, 2021), au 3 bis f – centre d’arts contemporains d’Aix-en- Provence (Peine perdue, pieds retrouvé, 2023), a l’AFIAC, au 19-Centre Régional d’Art Contemporain de Montbéliard, à la Manufacture Atlantique, au Centre National de la Danse, aux Instants Chavirés (À fleur, 2023), à Genève (Bones scores, 2025). Son travail fait partie des collections du FRAC Normandie-Caen, du Frac Franche-Comté et du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine.